samedi 24 juin 2017

Il ne suffira pas

Le temps que ça dure ne suffira pas.
Pas même dans les heures claires
d'un solstice écossais. Alors, si tu

veux, mon amour, dans le secret le
plus achevé, noir d'obsidienne et de
jais, nous forgerons les clés d'un

temps nouveau où l'absence est parole
et la distance caresse. Le temps ne
suffira peut-être pas. Mais nous y serons

bien.

Monsieur CHATOUILLE

Elle aimait ce curieux personnage
dont le prénom commençait et
finissait comme le sien.

Chaque soir elle attendait l'heure
où sa mère tirerait le carré broché
où il dormait de la petite pile des

lectures enfantines. Marianne ne
lisait, elle vivait et bien vite perdait
toute corporéité pour devenir

chatouilles. Alors Camille riait. Mieux
que si des milliers de doigts s'y étaient
essayés. Il était une fois. Ou mille...

jeudi 22 juin 2017

Nos mains d'été

Perlées d'une brume légère,
à peine halées, elles se frôlent,
se caressent, se recouvrent, se serrent

puis s'apaisent, comme alanguies par la
chaleur de l'été. Nous ne parlons pas,
nous les regardons tous deux comme nos

discrètes ambassadrices, celles qui jamais
ne doutent, plus fidèles que les mots, mais 
moins sûres que nos yeux qui jamais ne se quittent.

mercredi 21 juin 2017

Illes meves

Són moltes, dins d'un territori
limitat. Porten el mateix nom i
conviuen alhora dintre de la meva

memòria. Solc anar-hi unes quantes
vegades a l'any. Tres o quatre diets,
en general. Allí em reuneixo amb uns

amics rics, arraconat en un cafè fosc
o sota els fluorescents d'una tertúlia.
I me'n dibuixo els contorns de pell tèbia.

De mans i fetge

Al Txolo

Se solien reunir els dilluns
al capvespre per fer tertúlia.

Eren quatre o cinc, a vegades
vuit o nou. Xerraven fort, tot
menyspreant el partit de futbol

que l'alta pantalla donava. Com 
molts forasters, aquesta gent del
poble hi compartia fetge i patates

fregides casolanes. Un dia ens hi
invitaren, amor, te'n recordes?
Ja havíem sopat, a casa d'uns bons

amics. Els vérem parlar dels móns,
els nostres, actuals i passats. Dels
tres Joan que hi havia, el més alt, 

amb barba de profeta, parlava molt
menys que de costum. Sa mirada fosca
tenia la profundidat del pou de na

Patarrà. No l'hi demaní res, ni ell me
digué res. Passaren hores i hores. Rebí

un missatge molt dens i llarg que s'acabava
per aquestes paraules: «Es fetge d'ahir era 
molt bo, però el de la meva àvia era millor.

La comparació era incomparable.» Amb més força
que la magdalena proustiana o la taronja que Lou
li donà a l'Apollinaire, el fetge olorós del bar

Sa Roda, havia tornat el nostre Txolo al món ric
de la seva infantesa. I ara mateix, a quatre cents
quilòmetres de sa meva illa adorada, tinc la suau

impressió de veure una senyora baixeta que s'eixuga les 
mans a l'ample davantal, després de preparar-nos un fetge.

L'homme qui parlait avec Saint François

à P. P.

Vous ne le trouverez pas,
à moins qu'il ne vous invite
à partager le pain et le sel,

au détour d'un buisson d'un
monde à la Thoreau. On le dit
insulaire, je l'ai surpris en

italien sur les coups cristallins
d'un Angélus inventé. il avait
disposé, par devers lui, un écritoire

de fortune et parlait à un saint en 
plâtre polychrome, l'une de ces statues
qui firent florès au dix-neuvième finissant.

La porte était entrouverte. Un chat mince,
aux pattes élancées, montait la garde du feu
de son pelage. Ce ne furent que quelques

instants, une poignée de minutes tout au plus,
mais il me sembla que des hommes la guerre
s'était suspendue et que les animaux, autour

d'un saint et d'un poète, avait fait cercle,
pour de la canicule implorer le pardon.
Il me sembla. Et lui, qui me lit, en sourira.

vendredi 16 juin 2017

No vull res més / Je ne veux rien d'autre

La sal del matí a llevant,
un ventolí fresc arran del
mar,

una caseta blanca, de pati
ombrívol i la lectura dels
poetes germans.

La teva presència, somiada,
el parlar pla de l'amic Paco,
una visita sobtada del Joan,

la presència callada de Camus,
els carrers sonors i els camins
olorosos a la nit,

mentre, a La Rueda, Carles, Nando,
Juanjo i noltros fem tertúlia i
hi apreciem la vida vertadera.

***

Le sel du matin à l'est,
une brise fraîche au ras
de l'eau,

une maisonnette blanche,
au patio ombreux et la lecture
des poètes mes frères.

Ta présence, rêvée,
la langue vraie de mon ami Paco,
une soudaine visite de Joan,

la présence silencieuse de Camus,
les rues somnores et les chemins
odorants la  nuit,

cependant qu'à La Rueda, Carles, Nando,
Juanjo et nous, nous nous réunissons et
y apprécions la vie véritable.

mercredi 14 juin 2017

Lire entre les lignes

Lire entre les lignes
de tes messages brefs,

comme tes doigts fins
glissent sur ma peau.

Lire entre les lignes
de ta main. Paume déclose,

abandonnée. Prendre ton
pouls entre mes lèvres,

te trouver fébrile et m'
improviser garde-malade.

Infusion de fleur d'oranger,
miel des hautes terres.

La roche est forte qui veille.
La Provence, non loin, m'anime

mais déjà la nuit se fait et,
à tes côtés, je laisse entrer

en moi la douce chaleur. Juin,
juillet, l'été en son zénith,

le jus des fraises écrasées par
ta paume ragaillardie, coule sur

mon thorax. Septembre, le sang de
la vigne au fond du calice vif.

Communieras-tu aux deux espèces ?
La nappe déjà est tirée, le repas

sera de chair et la chère sera bonne.
Faces rubicondes que la nuit, jalouse,

avalera pour les restituer au matin,
sans ride, dans la splendeur de l'onde.

mardi 13 juin 2017

Capvespre gris / Une soirée grise

Imaginat. Per a tu. Un capvespre de febrer.
Un febrer de vint-i-vuit diets, plujosos.

Sense esperança. Homes i dones tancats rere
les finestres. No podries abraçar l'illa tota,
ni olorar-ne les tapareres grisenques i tristes.

Un capvespre inventat. Tan real però. No pateixis
que els nostres seran de camamilla i ginebra gelada.

***

Imaginée. Pour toi. Une soirée de février.
Un février à vingt-huit jours. Courts et pluvieux.

Sans espérance. Hommes et femmes enfermés derrière
les fenêtres. Tu ne pourrais pas embrasser toute l'île,
ni en humer les câpriers grisâtres et tristes.

Une soirée inventée. Et pourtant si réelle. Ne t'en fais pas
car nos soirées seront de camomille et de genièvre glacé.

Thème

«-Je t'aime...» «-Je t'en prie, ne sois pas si
violent, pas si impulsif, tu m'as déjà trompée
par ce cri de la nuit.» Tu as raison. Je me tais

et me retiens. Qu'est-ce que l'amour ? N'est ce pas
le fuir que de le proclamer comme on s'en va à toutes
jambes une fois le forfait accompli ? Et n'y a-t-il pas

autant d'amour dans ces silences bienveillants, ces ingénus 
sourires ? Un ami écrit sous son figuier. Les chasseurs en
ont peur. Il est en chaque vers l'amour et jamais ne le dit.